Le marché pavillonnaire du 93 est l’un des plus actifs du Grand Paris : primo-accédants venus de Paris, familles qui s’agrandissent, investisseurs. Beaucoup ont acheté en 2025 ou début 2026, juste avant que l’été ne fasse travailler les argiles. Quand les premières fissures apparaissent quelques mois après l’emménagement, trois inquiétudes se percutent : est-ce couvert alors que je viens d’arriver, le vendeur savait-il, et mon assurance toute neuve va-t-elle suivre ? Les trois réponses existent, à condition de démêler les rôles.

Qui déclare : la question des dates avant tout

Le régime des catastrophes naturelles raisonne en deux dates : la période couverte par l’arrêté (celle du phénomène reconnu, l’épisode de sécheresse) et la date de publication de l’arrêté, qui ouvre le délai de déclaration. C’est le propriétaire au moment où le dommage est constaté qui déclare, sur le contrat multirisque habitation couvrant le bien à ce moment-là. Acheteur entré dans les lieux avant la publication de l’arrêté : vous déclarez, sur votre contrat, même si le phénomène a commencé avant votre achat. L’assureur ne peut pas vous opposer votre arrivée récente : la garantie catnat suit le bien assuré, pas l’ancienneté du contrat. Ce qui compte : avoir assuré la maison dès le transfert de propriété (c’est en pratique exigé au plus tard le jour de la signature) et respecter le délai de déclaration après publication.

Ce que le vendeur devait dire, et ce qu’il doit encore

Le vendeur avait des obligations d’information : l’état des risques annexé à la vente (exposition de la zone, arrêtés passés), la déclaration des sinistres indemnisés au titre des catastrophes naturelles pendant sa période de propriété, et la loyauté générale sur les désordres connus. Un vendeur qui a rebouché des fissures avant les visites, ou qui a omis un sinistre sécheresse antérieur, s’expose sur le terrain des vices cachés ou du dol. À l’inverse, des fissures réellement apparues après la vente, sur un épisode postérieur, ne lui sont pas imputables. Toute la question est donc de dater le mécanisme : c’est un travail d’expert, qui lit l’âge des fissures (lèvres patinées ou franches, reprises antérieures, peintures), l’historique catnat de la commune et les documents de la vente. Ce diagnostic oriente le dossier : assurance seule, ou assurance plus recours contre le vendeur.

Le cas de la vente en cours : promesse signée, acte pas encore

Entre promesse et acte authentique, le bien appartient encore au vendeur : c’est lui qui déclare un sinistre survenu dans l’intervalle, sur son contrat, et l’indemnité suit en principe le bien (elle se règle au jour de l’acte, par convention entre les parties et les notaires). Pour l’acheteur, deux réflexes dans cette fenêtre : revisiter le bien avant l’acte, précisément pour constater tout désordre nouveau, et faire acter au besoin par le notaire le sinistre déclaré et le sort de l’indemnité. Un arrêté qui tombe entre promesse et acte n’est pas un drame : c’est un point à régler noir sur blanc, pas à découvrir un an plus tard.

Monter son dossier d’acheteur récent : la chronologie qui convainc

Votre dossier doit raconter une histoire datée : état du bien à l’achat (photos des visites, rapport de la contre-visite, diagnostic avant achat si vous en aviez fait un), apparition des désordres (premières photos datées, témoins posés), aggravation éventuelle. Plus cette chronologie est documentée, plus les discussions sont simples, avec l’assureur (la preuve que le désordre s’est révélé pendant votre période), comme avec le vendeur si l’expertise révèle un passif antérieur. L’expert indépendant structure ce récit : datation du mécanisme, qualification de la cause, chiffrage des réparations. Les conditions de nos interventions figurent sur la page tarifs, et notre guide général du dossier sécheresse en Seine-Saint-Denis complète la démarche : fissures, argiles et catnat dans le 93.

Assurance du vendeur, assurance de l’acheteur : qui paie quoi au final

Trois configurations résument la pratique. Désordres antérieurs à la vente, connus ou indemnisés : ils relevaient du vendeur ; s’il a perçu une indemnité sans faire les travaux, l’information devait circuler, et son silence ouvre un recours. Désordres révélés après la vente, phénomène couvert par un arrêté postérieur : c’est votre dossier, sur votre contrat, franchise légale déduite. Situation mixte, la plus fréquente après 2026 : un mécanisme ancien réactivé par le nouvel épisode ; l’expertise ventile, et les deux voies peuvent se cumuler, assurance pour la part nouvelle, vendeur pour le passif dissimulé le cas échéant. Dans tous les cas, ne restaurez rien avant les constats : réparer trop tôt, c’est effacer à la fois la preuve du sinistre et celle de l’antériorité. Faites qualifier la situation avant d’écrire à quiconque, assureur ou vendeur : le premier courrier oriente tout le dossier.

La check-list de l’acheteur récent du 93

Dans l’ordre : vérifier que votre contrat MRH courait bien au jour de l’arrêté ; surveiller la publication des arrêtés de votre commune (Journal officiel, mairie) ; photographier et dater tous les désordres dès leur apparition, témoins posés ; rassembler les documents de la vente (état des risques, diagnostics, échanges avec le vendeur et l’agence) ; faire établir un diagnostic indépendant qui date le mécanisme ; déclarer dans le délai en joignant la chronologie ; et n’engager ni travaux ni courrier accusatoire avant la qualification technique. Un acheteur récent bien documenté n’est pas un dossier faible : c’est souvent le mieux armé, car tout son historique est frais.

Et si vous êtes le vendeur ?

La situation se lit aussi dans l’autre sens. Vous avez vendu avant l’été 2026 et l’acheteur vous écrit que la maison fissure : ne laissez pas le silence s’installer, mais ne reconnaissez rien non plus sans analyse. Votre protection tient dans vos propres documents : l’état du bien au jour de la vente (photos, diagnostics, visites), l’absence de sinistre déclaré pendant votre période, et la réalité d’un épisode climatique postérieur. Si les désordres relèvent de la sécheresse 2026, ils ne vous sont pas imputables ; si un passif existait, mieux vaut le savoir précisément avant de répondre. Dans les deux cas, une expertise de datation vous sert autant qu’à l’acheteur : elle remplace le procès d’intention par une chronologie, et bien des différends s’arrêtent là.

Laurent Hojan, expert construction et bâtiment depuis huit ans, fondateur de Check my House. Nos experts accompagnent les acheteurs récents de Seine-Saint-Denis face aux fissures de sécheresse.